« Tout le monde est fatigué en ce moment »
La rentrée est là, et avec elle, cette petite phrase qu’on entend partout.
La saison, le retour au travail, le rythme effréné des premières semaines… tout semble l’expliquer. Comme s’il était normal, finalement, de se sentir vidé, irritable ou à la traîne.
« C’est la période. » « Ça va passer. » « C’est juste de la fatigue. »
On se rassure avec des mots qui sonnent comme des évidences. Et c’est vrai : la fatigue est banale. Sauf quand elle ne l’est plus.
Il y a quelques mois, je t’ai parlé des différences entre fatigue, épuisement et burn-out. Aujourd’hui, je veux aborder une question plus sournoise encore : pourquoi est-ce si difficile de reconnaître son propre épuisement ?
Pas celui des autres, non. Le nôtre. Celui qu’on minimise, qu’on rationalise, qu’on enterre sous des montagnes de « mais en même temps… ».
Tant que la machine tourne, tout va bien… vraiment ?
Justement : on fonctionne encore.
Le matin, on se lève. On va travailler. On gère les enfants, les dossiers, les imprévus, les mails qui s’accumulent. De l’extérieur, rien ne cloche. Et puisque la machine tourne toujours, on se convainc que tout va bien.
« Je suis juste un peu fatigué, ça va aller. »
Sauf que la fatigue, elle, ne passe pas. Elle s’installe. Et ce qui change, ce n’est pas ce qu’on est capable de faire — on continue, coûte que coûte —, mais l’énergie que ça nous demande.
Ce qui était naturel devient soudain pénible :
- le week-end ne suffit plus à recharger les batteries ;
- les sollicitations, même anodines, pèsent ;
- la patience s’effrite ;
- la concentration se volatilise.
On est là, mais en mode pilote automatique, comme si on jouait un rôle dont on a oublié le texte. On sourit, on hoche la tête, on coche les cases… et on se demande pourquoi tout ça pèse soudain si lourd.
La piscine qui se remplit
Une patiente m’a un jour offert une image qui m’a marquée. Elle comparait son épuisement à une piscine dont le niveau d’eau monte, lentement mais sûrement.
Au début, on a pied. On avance sans effort, on rit, on nage si on en a envie.
Puis l’eau arrive à la taille, aux épaules, au cou. On s’adapte. On continue à bouger, à faire semblant que tout est normal. « Tant que ma tête est hors de l’eau, ça va », se dit-on.
Jusqu’à ce qu’il ne reste plus que le bout du nez à l’air. Là, chaque inspiration devient une victoire. On ne vit plus. On survit. On essaie juste de ne pas couler.
Le piège du pré-burn-out : une bonne explication pour chaque signal
C’est bien là le piège du pré-burn-out : cette phase peut durer des mois sans qu’on la nomme.
Pas parce qu’on ne sent rien. Au contraire, on sent bien que quelque chose cloche. Mais parce qu’on est champion pour trouver une explication à chaque signal d’alerte :
- Le sommeil est agité ? « C’est le stress. »
- On s’énerve pour un rien ? « C’est la fatigue. »
- On oublie les rendez-vous ? « J’ai trop de choses en tête. »
- On n’a plus envie de voir ses amis ? « J’ai besoin de calme. »
- On se réveille sans énergie ? « C’est la saison. La rentrée. L’âge. »
Aucune de ces raisons n’est fausse. C’est même ce qui rend le mécanisme si insidieux. Pris isolément, ces signes ne veulent rien dire. C’est leur accumulation qui doit t’alerter.
Et surtout, le contraste avec la personne que tu étais il y a quelques mois. Alors, faisons le point.
Ton mini-bilan en 1 minute
Coche ce qui te ressemble depuis au moins deux semaines. Compare avec la personne que tu étais il y a quelques mois.
Ce bilan n’est pas un diagnostic. Il t’aide à faire le point, il ne remplace pas un avis médical.
« Il y a pire que moi » : la question de la légitimité
À cette banalisation s’ajoute un autre obstacle, plus profond : la question de la légitimité.
« Il y a pire que moi. » On sort cette phrase comme une évidence, comme une façon de relativiser. Et pourtant, elle en dit long.
On regarde autour de soi — celui qui travaille 60 heures par semaine, celle qui élève seule ses enfants, celui qui traverse une maladie — et on se dit que notre fatigue, à côté, n’a pas le droit de compter. Comme s’il fallait de « bonnes raisons » pour être à bout.
Cette culpabilité est particulièrement forte chez celles et ceux qui ont l’habitude de tout porter : les perfectionnistes, les hyper-responsables, celles et ceux qui doutent de leur valeur et compensent en en faisant toujours plus.
« Si je m’arrête, qui va le faire ? » « Si je craque, tout va s’écrouler. »
Pendant des années, on a construit une image de soi : celle de la personne fiable, solide, infatigable. Alors comment accepter, du jour au lendemain, de dire qu’on n’y arrive plus ?
Reconnaître son épuisement, ce n’est pas juste admettre qu’on est fatigué. C’est parfois remettre en cause toute une identité : celle de la personne qui gère, qui trouve des solutions, qui ne lâche jamais.
Quand le corps prend le relais
Pendant ce temps, le corps, lui, commence à crier. Le sommeil se dégrade. Les tensions s’accumulent. La concentration devient un luxe. L’irritabilité ou l’émotivité montent d’un cran. Le plaisir, lui, s’évapore.
Ces symptômes peuvent avoir mille causes, et une fatigue persistante mérite toujours un avis médical. En consultation, avant de parler d’épuisement, je vérifie systématiquement qu’il n’y a pas autre chose derrière : une carence en fer ou en vitamines, un trouble de la thyroïde, un sommeil de mauvaise qualité (apnées), une dépression. Écarter ces pistes, c’est la première étape — pas une formalité.
Et si le bilan ne montre rien de particulier ? Ça ne veut pas dire que « tout va bien ». Ça veut dire que la réponse se trouve peut-être ailleurs : dans ton rythme, ta charge, ta façon de récupérer… et ce que tu t’autorises — ou non — à ressentir.
Comment sortir de la piscine ?
Revenons à la piscine. Quand l’eau monte, le réflexe est de nager plus fort. Mais nager plus fort fatigue encore davantage. La solution n’est pas de mieux nager : c’est de remonter l’échelle, ou d’ouvrir la vanne.
Concrètement, ça commence souvent par de petites choses :
Nommer ce qui se passe
Dire « je suis épuisé » au lieu de « je suis un peu fatigué » change déjà ta façon de te regarder.
En parler
À un proche, à ton médecin. L’épuisement adore le silence.
Observer sans te juger
Pendant deux semaines, note ton énergie au réveil et en fin de journée. Les chiffres sont souvent plus honnêtes que nos excuses.
Lâcher une chose
Une seule. Un engagement, une tâche, une exigence. Pour voir si le monde s’écroule vraiment (spoiler : rarement).
Protéger ton sommeil
C’est ton premier levier de récupération — j’en parle en détail dans cet article.
Si plusieurs signaux de cet article te parlent et durent depuis plus de quelques semaines, n’attends pas d’avoir le nez au ras de l’eau. Plus on agit tôt, plus la récupération est rapide.
En résumé
- On peut fonctionner et être épuisé. Ce qui change, ce n’est pas ce que tu fais, mais l’énergie que ça te coûte.
- Le pré-burn-out est sournois : chaque signal a une bonne explication, c’est leur accumulation qui compte.
- Ton meilleur repère, c’est toi il y a quelques mois. Est-ce que tu récupères encore comme avant ?
- « Il y a pire que moi » n’est pas un argument. Ta fatigue n’a pas besoin d’être la pire pour mériter de l’attention.
- Une fatigue persistante mérite un bilan médical, puis un vrai changement de rythme.
Et si tu t’autorisais à le reconnaître ?
Reconnaître son épuisement n’est pas un aveu de faiblesse. C’est le premier geste pour reprendre pied. Et tu n’as pas besoin d’avoir la tête sous l’eau pour avoir le droit de demander de l’aide.
Si tu te reconnais dans ces lignes, on peut en parler. Lors d’un premier échange gratuit, on fait le point ensemble sur ton énergie, ton rythme et ce qui pèse aujourd’hui. Pour en savoir plus sur ma façon d’accompagner, découvre ma page stress et burn-out ou prends contact ici.




